N : Nuit

 

 La nuit, on imagine ce qu’on désire et tout paraît possible. Au grand jour, l’imagination pâlit. La nuit, on voit des choses inexistantes et on y croit.  

( Robert Choquette – Extrait de Moi, Pétrouchka)

 

Lorsque l’on vit dans un monde civilisé, avec tous ses avantages : technologie, infrastructures, pollution, stress, répression policière, répression tout court, d’ailleurs, après une soirée dédiée au dieu des foyers, la télé, on va péniblement se coucher, après une journée de dur labeur. On dort d’un sommeil sans rêves et on se réveille, en geignant, que l’on a mal dormi que l’on est encore fatigué. Mais c’est normal : nos sens ne sont jamais en repos. Même au plus profond du sommeil, on entend les bruits environnants : le grondement lointain de la circulation, une sirène de pompiers, ou de police, un coup de klaxon. Pire dans les villes, le bruit, la rumeur ne s’arrêtent jamais.  Sisisi, tendez l’oreille, la nuit, et vous entendrez à quel point le silence européen est bruyant, même hors des villes.

Pourquoi  trouvez-vous difficilement le sommeil, lorsque vous êtes en vacances, au sommet d’une montagne, au fin fond de la cambrousse ? parce que c’est trop calme ………..

Chez nous, les moteurs des voitures, déjà rares dans la journée, disparaissent complètement à la nuit tombée. Les groupes électrogènes prennent le relais, pour nous dispenser un peu d’électricité, mais vers 22 heures, peu à peu, les uns après les autres, ils s’éteignent.

Seulement le bruit des vagues et des conversations étouffées de tes clients. Tu regardes le ciel, noir, d’un infini noir de velours, pas une étoile, tu te prends à espérer la pluie, et puis, une boule rouge sang, la lune, se profile a l’horizon, monte tout doucement, disparait derrière l’épaisse couche de nuages, et soudain, une trouée, et une flaque de lumière apparait sur la mer , telle du mercure ……………………

Quelques gouttes de pluie , tu rejoins ton bungalow, salues tes gardiens « Amaraykoa » et un chœur « Ya » te répond, ponctué de grands rires, tu rentres, ouvres en grand portes et fenêtres, le groupe s’éteint, tu rêvasses doucement en regardant le ciel par le petit carré à peine plus clair que forme l’ouverture de la fenêtre au dessus de ta tête, un petit courant d’air traverse la case, faisant frémir la moustiquaire, on souffle la bougie, et on s’endort, serein, calme et apaisé.

Puis, paresseusement, on ouvre un œil, il fait nuit, nuit noire, et dans ce cas, le ciel semble un manteau de velours noir, parsemé d’étoiles bien plus grosses, bien plus nombreuses  et bien plus brillantes qu’en Europe, et le terme Voie lactée prend ici toute sa signification : une immense traînée laiteuse  se répand dans le ciel, qui semble si proche que l’on pourrait la toucher en levant le bras, ou bien, les nuits de pleine lune, se diffuse une lumière spectrale, faisant apparaitre de  claires silhouettes : les chiens qui patrouillent, les troncs des arbres d’un si beau gris argenté dans la journée, deviennent des silhouettes fantômatiques…………. Et on lève les yeux, on distingue le ravinala et la charpente du toit, sous un nuage blanc, et on tend l’oreille, on écoute le silence : un chiot qui geint dans son sommeil,  le mugissement des vagues qui vont se fracasser sur la falaise en contrebas, les pins qui chantent sous le vent de la marée montante, un coq déréglé qui salue, qui salue on se demande bien quoi d’ailleurs. Mais pas d’autre bruit.

Tu écoutes le silence, tu restes à savourer un souffle d’air, et tu vois une minuscule lumière dorée passer d’un arbre à l’autre, puis une autre, puis des dizaines encore, et les buissons semblent décorés pour Noël, scintillants de dizaines de lucioles qui dansent ……………..

Un rayon lumineux joue sur le mur, tu entends des pas le long de la terrasse ; puis une toux, le silence…. Les chiens ne bronchent pas ; tu souris dans le noir : un des gardiens est venu entamer sa garde devant ta porte, tu sais qu’il y a peu de bungalows occupés, alors il va faire un petit somme dans le fauteuil sur la terrasse, (et demain lorsque tu poseras la question, tous les 4 nieront avec un bel ensemble, et tu feras semblant de les croire ) et tu écoutes le cri de la chouette perchée dans le kily, tu comptes les houhou, tu te rendors…..

Il pleut enfin, de la vraie pluie, en cataractes, de grosses gouttes  passent par la fenêtre ; tu t’enroules dans ton drap, te laissant mouiller avec bonheur, et puis un clignotement devant ton nez te fait ouvrir grands les yeux, le sol de ton bungalow scintille par endroits, de minuscules lumières qui clignotent , des lucioles sont entrées, deux d’entre elles  sont parvenues à se percher sur le bord de ton lit ….

La pluie, le vent, la chouette, ces petites lumières….. tous les ingrédients sont réunis, tu t’endors enfin profondément en te remettant à croire aux fées et aux  créatures de la nuit, qui ne peuvent qu’être bienveillantes ………………….

Puis un coq, parfaitement réglé, celui-là, se met à chanter. Peu à peu, les autres coqs prennent le relais, on entend sous la fenêtre un clop clop accompagné d’un roulement feutré, rassurants: une charrette à zébus passe, en route pour le marché à la ville. Une chèvre se met à bêler, puis on entend l’engoulevent, dont le cri rappelle le bruit d’une balle qui rebondit, le bruit des vagues se fait plus lointain, on se rendort paisiblement, bercé par tous ces bruits. Peu à peu, le village s’éveille, les villageois parlent dans la rue, les enfants crient, les martins se mettent à piailler, les moineaux se joignent à eux, le réveil ( mauvaise habitude ramenée de France) se met à vagir. On l’éteint sauvagement, il reste un quart d’heure à flâner sous la couverture, en regardant le jour se lever. Et on se réveille tout à fait, on se lève, en pleine forme, reposé ………………

Les nuits, chez nous, sont peuplées de silence, bruissant, mouvant, de bruits partie intégrante du calme qui nous berce ……..

Ce petit récit a été exhumé de mes archives, pour le Dicocitations des Nuls

Pour marque-pages : Permaliens.

18 réponses à N : Nuit

  1. passage de marmotte depuis chez Quichottine…. 😉

  2. mamalilou dit :

    j’aime quand tu exhumes!
    bisous envoûtés

  3. epiceas dit :

    HEllo Voay,
    Tu verrais le calme chez moi… et je l’apprécie crois moi ! je l’apprécie d’autant plus que j’ai vécu la plus grande partie de ma vie en centre ville !
    Et chez toi aussi alors les chats sont gris la nuit ???
    Moi je me demande toujours ce qui se passe pour les chats déja gris mais en journée ??? mdr
    Bonne fin de semaine,
    @+

  4. dimdamdom59 dit :

    Et bien en te lisant je me suis imprégnée de l’ambiance et pour te dire à la nuit tombante je suis quelqu’un de très stressée, car j’ai peur du noir et du silence. Déjà en ville alors imagine en cambrousse. Par contre une fois endormie je peux me réveiller en pleine nuit et là j’apprécie. Et le matin c’est exactement comme tu nous le décris, je m’éveille à tous les bruits environnants!!!
    Un très beau partage Kat et je comprends mieux ta nostalgie de là bas!!!
    Bisous
    Domi.

  5. Merci pour ce beau voyage!!! La nuit…moment où les mots dans ma tête se mettent à danser, à se réunir…m’obligeant quelques fois à me lever, pour prendre note sous leur insistance 😉

  6. Renée dit :

    C’est bien vrai qu’en Afrique les nuits sont bien différente de celles de l’Europe, plus mystérieuse même. Je m’y suis retrouvée en lisant ton texte quoique dans le village ici tout est très calme mais les lumière trop forte, a mon gout. Bisesssssssssss

  7. Ely40 dit :

    Coucou Voay,
    Magnifique texte, j’ai été transportée par ton récit sur la nuit. Bravo et merci d’être passée voir ma participation à la lettre N Beau dimanche et gros bisous 🙂

  8. Il est superbe ton texte.
    La nuit, après une longue journée, je m’endors dans le silence, pas un petit bruit, et il m’arrive de me rappeler mes rêves et là, je n’ai pas du tout envie de me lever…. Laisser moi dans mon sommeil…
    Que tes rêves soient doux, aussi doux que les miens.
    Bravo pour la lettre N. A bientôt

  9. jazzy57 dit :

    Superbe , j’étais fascinée par cette nuit que tu décris si bien avec des mots qui nous transportent .
    J’avoue ne pas avoir trop de mal à dormir le vélo et la lecture m’aident à trouver le sommeil rapidement . En hiver pas trop de problème de bruit nocturne par contre des que l’été arrive il en va autrement .
    J’ai réussi à venir en cliquant sur le gravatar .
    Bonne soirée
    Bisous

  10. LIBRE 34 dit :

    Bonjour Voay,
    Oups, j’ai déjà vu nuit sur un « autre défieur » (lol)
    Bravo et bonne journée!

  11. flipperine dit :

    c’est un beau texte et c’est vrai qu’il faut s’habituer à un changement de lieu lorsque vient la nuit et le temps de dormir tous les bruits changent par rapport à son chez soi

  12. fanfan dit :

    C’est comme si on y était !
    Je trouve que les nuits « tropicales  » sont plus vivantes que chez nous .
    Tu as raison: lorsque les vacanciers arrivent, certains nous disent que le silence de la nuit ,les angoisse ! Ils n’ont pas l’habitude!

  13. lizagrèce dit :

    Belle description !

  14. Kri dit :

    J’aime vraiment beaucoup la citation d’introduction
    Bonne journée ☼

  15. clara65 dit :

    Comme tu écris bien, je me croyais avec toi, dans ce pays lointain que tu habites !
    J’habite près de la ville mais je n’ai quasiment pas de bruits.
    Mais comme tu le dis, il y en a toujours un peu, et j’arrive à entendre un compresseur dans un atelier voisin qui me fait des bourdonnements dans les oreilles alors je mets des boules quiès.
    Bonne journée dans ton joli pays et amicalement.

  16. Joli texte , tu as un don de conteuse .tes moments poétiques sont aussi beaux que tes coups de gueule !
    gros bisous Cath

  17. jean-marie dit :

    bonsoir, ma Croc,
    c’est magnifique
    une description magique
    qui nous transporte ailleurs…
    Dans une Poésie lyrique et réaliste en même temps
    merci pour ce beau texte
    bonne soirée à vous
    à bientôt ?
    bisous amicaux

  18. Quichottine dit :

    J’adore quand tu racontes ainsi…
    J’ai aimé retrouver tes mots… p119. 🙂

    Passe une douce soirée… dans un silence propice à tous nos rêves, un silence plein de poésie.

    Merci, Croc.
    Passe une douce soirée.

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