Q : catholiQue

 Catholique par ma mère, musulman par mon père, un peu juif par mon fils… et athée grâce à Dieu.  (Marcel Mouloudji)

La masse des catholiques que nous voyons à la messe chaque dimanche ne désire, au fond, savoir de la religion que ce qui peut les confirmer dans la bonne opinion qu’ils ont d’eux-mêmes.  (Georges Bernanos)

Elle est catholique parce que baptisée, mais sa mère n’était pas pratiquante, son père, qui cumulait les emplois, souvent absent, et la seule approche qu’elle avait eue de la religion, étant enfant, était la messe du dimanche, pendant les vacances scolaires.

Ses grands-parents étaient à l’époque directeurs d’une maison de retraite, et recevaient les enfants pendant les vacances, à, la grande joie des petits vieux. Tous les dimanches, l’un des vieux messieurs emmenait la gamine à la messe, cette escapade les ravissant tous les deux. Le papy avançait à grands pas dans les rues pentues du village, et elle le suivait, à petits pas, vêtue de sa petite robe blanche à smocks, son petit panier, son petit chapeau garni d’un « suivez-moi jeune homme ».  

La messe, elle trouvait ça splendide. Dite alors en latin, avec tout le cérémonial aujourd’hui disparu, l’encensoir promené autour de l’église, les psaumes en latin, auxquels elle ne comprenait rien, mais dont elle aimait la résonance, la lumière du jour à travers les vitraux, qui ajoutait une touche féérique  à tout ce cérémonial, la transportaient.

  Le curé du village recevait régulièrement de jeunes abbés frais émoulus du presbytère, qui restaient 6 mois ou un an au village, puis partaient ailleurs voler de leurs propres ailes.

Les abbés venaient, en alternance avec le curé, dire la messe dans la chapelle de la maison de retraite, et prenaient leurs repas du soir dans une pièce réservée à leur seul usage.

  Certains se faisaient invisibles, celui-là prenait son repas à la sauvette, puis fuyait sur la pointe des pieds, celui-ci passait la tête par la porte de la grande salle « coucou », puis allait s’enfermer dans sa pièce, le grand Hollandais, très grand, très mince, très raide, frappait cérémonieusement à la porte, saluait d’une sèche inclinaison du buste « bouzoir ». D’autres prenaient plaisir à s’attarder, discuter longuement avec le grand-père, noyés dans la fumée des pipes, ils parlaient d’art, de littérature, de musique, de religion, ce qui ouvrait droit à des discussions passionnées, le grand-père défendant âprement ses idées relatives à « l’hypocrisie de l’église ». Certains mélomanes arrivaient avec leur violon ou leur flûte, et ils se faisaient un petit concert avec le fier ténor qu’était le grand-père.
Puis il y a eu l’abbé D***. Plein de fantaisie et de vivacité, il s’entendait comme larron en foire avec le grand-père, entrait sans cérémonie dans la cuisine, soulevait le couvercle des plats « Mmmmmm…. », soulevait la gamine, alors âgée de 6 ou 7 ans, lui faisait claquer un gros bécot sur les joues, puis allait raconter la dernière blague aux grands-parents.  Il n’était jamais à court d’idées pour amuser les enfants. C’est lui qui était allé se percher dans le grand tilleul de la cour pour faire tomber une pluie d’oeufs en chocolat sur les enfants, le dimanche de Pâques, puis s’en était allé, sa soutane pleine de brindilles et de toiles d’araignées, célébrer la messe dominicale.
Lui aussi qui , ayant remarqué que les enfants étaient fascinés par le ballet des hirondelles qui nichaient par dizaines sous le toit de la grande terrasse, était allé en dénicher une, l’avait installée dans un petit panier rembourré de coton. Il arrivait le soir avec une boite pleine de mouches qu’il avait attrapées durant la journée et auxquelles il avait arraché une aile, pour que les enfants nourrissent l’oiseau. Qui finit par mourir, de faim probablement.
Lui toujours, qui était allé s’enfermer dans un placard sous le grand escalier, et qui, une matinée entière, terrorisa la maison en aboyant et en grognant chaque fois que quelqu’un s’approchait de la grande glacière située juste en face. Personne n’osait ouvrir le placard, croyant qu’il s’agissait de la chienne de la cuisinière, roquet d’une rare méchanceté, enfermé là par accident. Il fallut attendre le retour du grand-père, qui, armé d’une grand balai, ouvrit le placard et se trouva nez-à-nez avec l’abbé, mort de rire, ravi de sa farce.  

A la mère des enfants qui s’étonnait de le voir claquer les fesses des majorettes « mais enfin, Monsieur l’abbé, et vos vœux? il répondait : »Ma fille, j’ai fait vœu de célibat, pas de chasteté!!! »

  La gamine nourrissait une adoration sans bornes pour ce grand copain, et le jour où, elle le vit à la messe, revêtu de son aube blanche, elle fit sursauter tous les paroissiens en hurlant  » c’est l’abbé D****, regarde, regarde, c’est l’abbé D****!!! » Ce qui lui valut quelques « Chhhhhhhhhtt » courroucés et un grand clin d’œil de son ami.  

Mais félicité suprême, l’abbé effectuait un tour de magie qui la stupéfiait à chaque fois : il pouvait faire tourner une dent, et même l’enlever et la remettre. Dent sur pivot, probablement, mais la petite n’avait jamais vu ça!

  Depuis, elle a rencontré quelques prêtres, certains attachants, d’autres qui lui donnaient envie de vomir, et elle a définitivement perdu la foi à la mort de son père, grand croyant devant l’Eternel, emporté par un cancer : s’il y a un Dieu pourquoi a-t-il permis que son père meure en souffrant autant, alors qu’il croyait profondément et sincèrement? Pourquoi, permet-il, d’ailleurs, s’il est amour et compassion, que l’homme, pourtant créé à son image, puisse être aussi ignoble envers ses semblables et les plus faibles?  

Mais l’abbé D*** et les messes de son enfance restent parmi ses plus beaux souvenirs.

Ceci est également le fruit d’une plongée dans mes archives obéiennes, pour le dicocitations des Nuls

Pour marque-pages : Permaliens.

20 réponses à Q : catholiQue

  1. Florence - Testé pour vous dit :

    Florence – Testé pour vous
    Re jour. J’adore ces souvenirs remontant à la surface, ces anecdotes…Celui qui se cache dans le placard, celui qui avoue ne pas avoir fait voeu de chasteté…ce sont de belles histoires je trouve.
    Je ne suis pas croyante non plus. Mon père était musulman (mais ne l’est plus), ma mère élevée catholique. Ils ont décidé que je choisirai plus tard, lorsque j’en aurai envie. J’ai choisi : rien…c’est plus simple, tellement plus évident pour moi.
    Je suis allée 1 fois à la messe de minuit, un soir de noël…comme c’était chiant et long long..Jusqu’à ce que mon oncle (mineur de fonds) n’arrive et ne mette de l’ambiance avec les questions qu’il posait bien fort au curé…qui devenait rouge de confusion, ne pouvant apporter certaines réponses (mon oncle était communiste, pur et à fond)…bref, l’église et moi, la religion et moi, non, nous ne faisons pas ménage.
    Bravo pour ta participation, j’ai trouvé ton texte génial…moi, j’adore ce genre d’écrit qui vient du coeur

  2. Curé : je l’ai cotoyé jusqu’à l’âge de 17 ans, messe tous les dimanches et dans la messe : je comptais les chapeaux et je me souviens des fous rires dans l’église.. Il va falloir que je me confesse… Beaux souvenirs aussi, ce curé encadrait les jeunes et nous faisions des camps… Bon allez je m’en vais je vais te raconter ma vie…. Bisous à bientôt

  3. mamazerty dit :

    une fois d e plus j’abonde dans le sens de Lizathènes….ce que j’aimais le plus chez les curés c’était leurs voix….résonnante dans le choeur d’église..tiens c’est marrant, j’ai hésité et failli écrire « raisonnante »

  4. dimdamdom59 dit :

    Quand j’avais 16 ans avec l’école nous étions partie faire une retraite , j’étais en école catholique 😉
    Le curé était un mec super, déjà trop beau pour être curé mdr!!!
    Il a réussi à nous faire dire tout ce qu’on n’aurait jamais osé dire à nos parents 😉 Ils nous a appris à fumer mdr!!! On était bleues de lui et pourtant jamais il n’a eu un geste déplacé. De nos jours cela aurait porté à polémique un curé dans une classe de jeunes filles pubères mdr!!!
    Merci pour ce partage qui me plonge dans ma jeunesse!!! Nos enfants ne connaîtront plus ça hélas 🙁
    Nos enfants ne se marient plus à l’église, ne baptisent plus leurs enfants , même si je ne suis pas pratiquante je reste attachée aux rites de l’église, faut-il juste qu’elle se modernise !!!
    Bisous Kat
    Domi.

  5. Martine27 dit :

    Sacré phénomène cet abbé, un récit délicieux comme un Mistral gagnant

  6. clio48 dit :

    Coucou Voay , ton article m’a interpellée, justement parce que, comme tu le dis … » Pourquoi, permet-il, d’ailleurs, s’il est amour et compassion, que l’homme, pourtant créé à son image, puisse être aussi ignoble envers ses semblables et les plus faibles ?  »
    J’aime beaucoup cette citation de Mouloudji …
    Merci pour cet article !
    Gros bisous et passe un bon weekend. Francine.

  7. epiceas dit :

    Je suis catholique de naissance, mais malheureusement qu’est ce que ça veut dire vraiment ? en étant jamais pratiquant ?
    La messe… les seules messes auxquelles j’ai assisté sont des messes d’enterrement…
    J’ai été relaché pour « bonne conduite »… 😉
    @+

  8. marinelou dit :

    Je reviens pour dire :
    Point n’est besoin de certitude absolue pour croire, se poser des questions pour moi est fondamental, mais pour le reste ma foi me suit dans la vie comme une belle lumière qui éclaire, l’étoile de Bethléem et de cela je ne me cache pas tout au contraire même si j’évites d’appuyer avec des paroles
    qui feraient des vagues dont je n’aimerais pas obligatoirement tous les retours…
    C’est ma liberté, Cathy

  9. Quichottine dit :

    Que te dire sinon que j’ai adoré ton récit ?
    De magnifiques souvenirs…

    … et une interrogation que je partage avec toi.
    Merci, ma chère Croc.

    Passe une douce journée.

  10. marinelou dit :

    C’est comme dans la vie, les choses sont souvent en demi-teintes, rien n’est simple, j’en ai moi aussi, comme tout le monde sans doute, de ces beaux souvenirs comme ceux que tu racontes si bien et ce sont ceux de ma famille, de mon enfance alors on les garde pour ne pas laisser s’envoler le bonheur qu’ils nous procurent…
    Bisous Croc

  11. lizathenes dit :

    Et que l’on soit chrétien, musulman ou juif on peut tous être laïcs – c’est-à-dire – faire en sorte que sa religion fasse partie de la sphère privée

  12. errances dit :

    Cath très beau texte imaginaire ou réal? La messe je n’aimais pas ça petite car avec les soeurs c’était pas marrant du tout, mais le chemin pour y aller sortait du pensionnat alors c’était l’événement…..Dernièrement j’ai connu un Pope (celui qui a marier mon fils et baptiser ses enfants) un personnage qui aime boire son coup, reluquer les filles et danser mais Pope tous de même avec sérieux en liturgie…Bisessssss

  13. Kri dit :

    Quel beau texte!
    Je suis baptisée mais je ne pratique pas. Au fil des ans ma croyance s’est estompée jusqu’à sa disparition.
    Mais j’aime fréquenter les églises … vas savoir!
    Je te souhaite un très bon jeudi Croc

  14. LADY MARIANNE dit :

    bonjour !
    j’aimais la messe en latin car je n’y comprenais rien, et l’habit des prêtres- l’encens ! un peu magique !
    en grandissant on se pose des questions-
    bonne journée- bises !!

  15. marie mathieu dit :

    Bonjour, un très beau texte, je me suis reconnue dans quelques phrases: la messe en latin, j’aimais bien c’était mystérieux, par contre l’odeur de l’encens ; pouah!!! cela me donne mal au coeur. Bravo , je vais aller te mettre 5 étoiles bisous et bonne journée MTH Ps: j’ai bien aimé les phrases, en vérité un très beau texte à mon avis qui mérite une mention spéciale.

  16. clara65 dit :

    Tu as le chic pour raconter ! c’est vraiment bien.
    Je ne suis pas pratiquante non plus, si Dieu existe, j’aurai deux mots à lui dire, comme disait Coluche !
    Bien amicalement.

  17. Ely40 dit :

    Bonjour Voay,
    Très beau texte qui me rappelle des souvenirs d’enfance assez agréables bien que je n’aimais pas trop aller à la messe 😕 et je n’y vais plus du tout aujourd’hui !
    Et je me pose la même dernière question que la petite gamine concernant ma maman partie si jeune de notre monde 😥
    Ta participation fait réfléchir ….
    Je n’ai pas encore édité ma lettre Q.
    Belle journée, bisous 🙂
    Ely

  18. jean-marie dit :

    bonjour, Croc
    un très beau texte
    qui évoque tant de souvenirs communs à bien des enfants de cette époque
    merci de ce ton très juste
    bonne journée
    bisous

  19. Myo dit :

    On ne peut qu’imaginer que cette ambiance « bon enfant » laisse quelques heureux souvenirs. Malgré la réalité flagrante des constats.
    😉
    Très jolie tournure d’écrit.
    Belle journée à vous.
    Myo-Flo

  20. flipperine dit :

    on peut être déçu aussi par la religion au fil des ans

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