U : bÛches, chUtes et gamelles

Les esprits sont comme les parachutes. Ils ne fonctionnent que quand ils sont ouverts. (Louis Pauwells)
Ce n’est pas la première fois que Jean-Paul II chute: c’est ce qu’on appelle sûrement la multiplication des pains! (Laurent Ruquier)

Du côté paternel, j’ai hérité la forme du visage, un tempérament emporté, un sens de la famille maladif ; du côté maternel : mes yeux, mauvais caractère, l’amour de la lecture et……………. le génie de se casser la figure n’importe quand.

Ma grand’tante, déjà, était porteuse du symptôme gamelles et bûches, et la maladie se déclara lorsqu’elle alla, comme le voulait la coutume dans son village, rendre ses derniers hommages à un papy décédé. Ce brave homme était exposé, couché dans son cercueil, sur la table de la cuisine, comme le voulait la tradition. Ce village étant situé à flanc de colline, les rues sont très pentues, et, on accédait à la cuisine directement depuis la rue. Franchie la porte, il fallait descendre 4 marches. Ma grand’tante rata la première marche, effectua un magnifique vol plané pour aller atterrir à plat ventre sur le monsieur qu’elle allait visiter. La famille ne lui en a jamais voulu du fou-rire général qui éclata dans cette pièce.

Ma grand-mère fut contaminée à son tour lorsque, allant chez sa soeur, à pied,  par une belle nuit d’été, avc mon grand-père et moi, ce dernier décida de ne pas prendre la route, mais de couper à travers champs pour raccourcir le trajet. Il nous montre le chemin, je le suis, ma grand-mère m’emboite le pas, ne voit pas le fossé, et tombe dedans. Bien entendu, celui-ci était rempli d’eau. Mon grand-père et moi, n’ayant rien vu, pour cause, nuit noire, fûmes cependant stoppés dans notre cheminement  par un hurlement impératif : « Robeeeeeert! » suivi de bruits bizarres. Demi-tour immédiat, pour  trouver mamy affalée dans son fossé plein d’eau qui faisait glou-glou, et terrassée par le fou-rire.

Ma mère échappa à la malédiction familiale mais m’a transmis le gène, et mon enfance fut un long défilé de genoux tartinés de mercurochrome.
L’adolescence et le passage à l’âge adulte me firent croire que le sort avait été levé. Mais que nenni!!!

La rechute me frappa de plein fouet, il y a quelques années, lorsque je suis allée à Londres, en déplacement professionnel. Mon patron, une de mes collègues, un petit jeune homme beau comme le jour – une vraie invite au péché, sommes allés au restaurant. Dîner copieusement arrosé, comme seuls les anglais peuvent le faire. Nous sortons du restaurant, je tangue sur mes talons aiguilles, excellent prétexte pour me pendre au bras du charmant garçon. Tout le monde chemine en devisant gentiment. Mais les trottoirs de cette belle ville, dans le quartier où nous étions, sont composés de grands pavés de béton juxtaposés. Bien sûr je ne lève pas le pied assez haut, coince le bout de mon escarpin sous le raccord du pavé, et patatras………….. J’ai effectué une magnifique glissade sur au moins 2 ou 3 mètres. Tentative de séduction avortée.

Dans la maison que j’habitais avant de déménager avec Monsieur Croc, il y avait un magnifique escalier ancien, en bois, tournant. Descendant les marches en catastrophe, à peine réveillée, je glisse, et descends tout l’escalier sur le derrière. Me couvrant de ridicule devant celui qui allait devenir l’homme de ma vie, et couvrant ma fesse gauche d’un énorme hématome, qui alimenta les conversations familiales, professionnelles et relationnelles pendant 3 semaines, la fesse en question passant du noir d’orage à toutes les nuances de l’arc-en-ciel, pour finir d’un très joli jaune caca d’oie sur les derniers jours, depuis la hanche jusqu’à la naissance de la cuisse.
Les salutations, durant cette période, étaient originales : « Kat, comment va ta fesse? Quelle couleur aujourd’hui? » Et moi, d’exhiber la couleur du jour, en relevant chastement jupe et un bout du boxer faisant partie de la collection  multicolore acquise tout exprès pour les assortir à mon auguste derrière.

Pendant 2 ou 3 ans, rien à signaler.
Mais soudainement le feu d’artifice a commencé.
Notre terrasse était recouverte de palettes en bois, parce que quand il pleut, et il pleut souvent en Dordogne, la terre du jardin dégouline en longues coulées de boue sur la terrasse. Bien sûr, les enfants, le chat, le chien ne prennent pas la peine de s’essuyer les pieds avant d’entrer.
J’ai donc fait procéder à l’installation des palettes qui permettent de garder le pied au sec, et l’intérieur de la maison pas trop boueux. Mais voilà qu’une des planches de la palette a cassé. Mr Croc me signale gentiment le fait, mais laisse la palette en place. Je dis oui oui, et bien sûr, je marche dans le trou, et plaf!! par terre la Croc. Je rentre en jurant comme un charretier, gueule un bon coup, et intime à l’Homme l’ordre de me « débarrasser de cette cochonnerie illico presto ». Lui, habitué à mes coups de gueule, répond oui oui, mais n’en fait rien. Il fait nuit, il fera ça demain. Bon.
Je mets ma chienne dehors pour un dernier pipi, et au bout d’un moment, entendant aboyer, et terrifiée à l’idée qu’elle puisse aboyer après le cycliste fasciste que j’ai pour voisin, je sors en courant, et….. bien sûr, le trou était encore là, à me guetter sournoisement.
Deuxième gamelle. plus douloureuse celle-là, surtout pour mon amour propre et surtout surtout parce que je me suis éraflé la jambe, faisant sauter un grand morceau de peau, et par la même occasion une partie de mon joli bronzage acquis dans les champs. J’ai une jambe bicolore, rose et marron!!!
La palette a enfin giclé!!! Au sens propre du mot.

Quelque temps plus tard, je me sentais d’humeur allègre, le temps était au beau et je partis aider Monsieur Croc à charger sur la remorque tu tracteur tous les ceps de vigne que nous avions arrachés la semaine précédente. Il fait beau, je regarde le ciel, les arbres, je ramasse machinalement, porte tout aussi machinalement jusqu’à la remorque. Mais le cep de vigne que je portais, ce traître, laissa traîner juste devant mon pied une longue branche sur laquelle j’ai marché… Vous connaissez l’effet lacet dénoué? Ben ça m’a fait pareil!!! 3e gamelle en moins de 24 heures. Affalée à plat ventre sur l’herbe mouillée,  hurlant de rire, incapable de répondre à l’Homme qui s’inquiétait, j’ai visualisé le tableau : une quinquagénaire dodue, en maillot de bain vert fluo, étalée dans l’herbe, tenant à bras-le-corps un pied de vigne chevelu ………….

A Madagascar, le mauvais sort ne m’a pas suivie. Mais maintenant que je suis de retour en France, je me demande si mon mauvais génie va encore sévir. Le problème étant que j’espère bien vivre encore 20 ans…………. j’ai donc en perspective encore une belle collection de vols planés et gamellages en tous genres.

Toutes ces chutes rééditées pour le dicocitation des Nuls

 

Pour marque-pages : Permaliens.

18 réponses à U : bÛches, chUtes et gamelles

  1. jazzy57 dit :

    Eh bien je crois que j’ai hérité du même gêne , en te lisant je me disais tiens elle aussi , je pense que je pourrais aussi faire la liste de toutes les buches effectuées depuis ma plus tendre enfance et l’age adulte n’a rien arrangé . Le plus petit trou, la moindre faille dans le macadam c’est pour bibi. Maman détenait aussi un record et malheureusement cela finissait très souvent en fractures . Les effets sont parfois identiques pour moi mais dans le nombre je collectionne aussi une quantité non négligeable d’hématomes . J’ai aussi une facheuse tendance à ne pas voir les petites marches et en oublier certaines , une fois je suis allée directement atterrir aux pieds d’un charmant monsieur qui m’a accueilli par  » mais il ne fallait pas vous abaisser à ça voyons… » , une autre fois ayant raté trois marches en descendant récupérer ma voiture dans un parking, je me suis littéralement prosterné devant le gardien qui a eu beaucoup de mal à garder son sérieux mais qui a tres rapidement appelé les secours …
    Bon mercredi et bravo pour le billet
    Bisous

  2. dimdamdom59 dit :

    Et bien ma pauvre en effet tu tiens la palme de Miss Bûche-Gamelle mdr!!!
    Moi je suis en général très prudente, j’ai trop peur de me faire mal 😉
    Mais un jour je ne sais ce qui m’a pris, faut dire que j’étais en traitement pour dépression voire même burnout.
    Ce jour là je décidais de prendre le métro pour me rendre chez mon ostéopathe. Je m’engage dans l’escalier roulant qui descend vers les quais et je réalise que je n’ai pas oblitéré mon billet. A ce moment , au lieu d’attendre de rentrer dans la rame de métro où il était possible d’oblitérer je décide de remonter l’escalator à double sens, comme le faisaient mes trois fils avec beaucoup d’agilité. Je me lance, je cours et en arrivant en haut je pose un premier pied sur la terre ferme, mais voilà que je ne suis pas assez rapide et que je me retrouve en grand écart 🙄 Je ne sais plus comment je m’en suis sortie, mais je me souviens m’être sentie bien seule mdr!!!
    Je te souhaite un bon aménagement dans ton nouveau chez toi et te souhaite tout le bonheur du monde dans cette nouvelle étape 😉
    Bisous
    Domi.

  3. epiceas dit :

    Bonjour Madame Croc, 😉
    Tu as peut etre un probleme de l’oreille interne d’ordre génétique ? tu as déjà explorer cette piste ?
    Ma mère a un peu le meme probleme, pour ça faut toujours lui dire :
    « ATTENTION UNE RACINE UNE MARCHE UNE CROTTE DE CHIEN !!!!!!!!! » mdrrrr
    Ca va, moi j’ai eu la chance de ne pas en hériter, je suis plutot un chat en général… meme si je me suis déjà pris des gamelles of course… :mrgreen:
    Bonne semaine à toi,
    @+

  4. mais c’est un véritable beau récit…. il faudrait t’inscrire dans les records des chutes… Dans la lecture de ce texte, j’ai parfois rigolé, j’imaginais les scènes, pardon, pardon…
    Trop rigolo ce U… A bientôt pour lire de nouvelles aventures…

  5. claire fo dit :

    C’est contagieux?
    Surtout, faut pas faire de faux pas!

    Bravo!

  6. Mince…un gêne dont on se passerait bien! Mon époux c’est se cogner la tête : un magnifique pot en fonte garni de fleur, pendu près de la porte! Monsieur sort et PAN se cogne, rentre en grommelant (ce qu’il fait très bien même sans raison!) M’explique, ressort et PAN!!! Rentre et me dit qu’il en marre et qu’il va le dépendre…Sort pour le dépendre et…Pan se cogne tellement fort qu’il a une commotion!! Non mais…il le savait que le pot était là, c’est lui qui l’a pendu à cet endroit!!!!
    Où alors…gêne qu’il a passé à mes fils : se couper lors des bricolages!
    Pffff ces héritages familiales!!! lol
    Non sans rire…fait attention tout de même 😉

  7. Ely40 dit :

    Bonjour Voay
    Un grand bravo pour ce récit super bien raconté et malgré les bleus et hématomes que tu t’es fait, (je m’en veux 😉 ), j’ai éclaté de rire car tu as un humour sans pareil et très communicatif.
    Je te remercie pour ta visite chez moi et te souhaite un très bon week-end. A très bientôt pour la lettre V. Gros bisous 🙂

  8. clara65 dit :

    La chute de ton épique récit ne manque pas d’allant, au vrai sens du terme puisque tu prévois encore d’autres vols planés ! 😆
    Tu as l’art de raconter tout ça avec beaucoup d’humour, pourtant ça fait mal !
    Bravo et bonne journée à toi.

  9. Ca m’a beaucoup fait rire ce gène de gamelle, tu as magnifiquement raconté les choses ! 😛

  10. flipperine13 dit :

    et maintenant fais attention tu n’as plus 20 ans et tu pourrais plus facilement te briser un membre

  11. errances dit :

    Non d’un chien, c’est Madame malchance qui t’as baptisée????
    J’espère que ton séjour Africain t’as à tout jamais guérie de cette guigne, peut-être as tu même pris quelques potions……….
    En tous cas et même si c’est pas très drôle pour toi…moi j’ai quand même rigoler de tes explications….
    Au fait si la séduction avait marché à Londres, tu n’aurait pas connu M. Croc! Bises

  12. Quichottine dit :

    Tu me rassures… je me demandais si mas gamelles étaient liées à une quelconque maladie.
    Il n’en est rien… je dois seulement avoir le même gène. 🙂

    Bisous et douce journée Croc. 🙂

  13. florence dit :

    Florence – Testé pour vous
    Bonjour madame Gamelle…ton U est fabuleux. Je connaissais (tu me l’avais raconté) ta gamelle drague à Londres que j’ai relue avec plaisir et j’ai découvert les autres…oh oh, oui, oui, tu as la malédiction…il paraît que pour conjurer le sort, il faut faire à toutes vitesses 4 fois le tour de soi-même…mais dans ton cas, je crois que c’est vraiment déconseillé…comment pourrait se terminer cette virevolte avec toi hein ? hi hi hi, j’adore ce que tu racontes et la façon dont tu le racontes…mais puis-je demander une faveur ? Dans le cas de la gamelle cep dans les bras, maillot fluo sur le corps, monsieur Croc pourrait-il prendre une photo s’il te plait ? Oh si, si…il court et clic, c’est dans la boite, tu peux te relever…je rigole toute seule en imaginant ta tête…donc, demande à Monsieur Croc de se munir d’un appareil photo et de guetter la prochaine chûte hein…oh merci merci…Je te fais une belle bise et merci pour ce texte qui m’a fait bien rigoler

  14. marinelou dit :

    Attention où tu met les pieds Croc ! Je me suis parfois fait très très mal en tombant car je ne suis pas mauvaise en gamelles, la derniere sur la terrasse j’ai cru que mon nez traversait la tête, sans parler de mon genou, l’avant-bras et le poignet je me suis retrouvée deux semaines couverte de bleus, rien de cassé mais je sens encore une petite boule sur le nez…
    Bisous bisous, fais gaffe !

  15. jean-marie dit :

    bonsoir, Croc
    rééditées pour notre plus grand plaisir…
    de te lire, bien sûr… pas de te voir souffrir !!!
    et pas de fractures dans tout ça ?
    c’est le plus étonnant !
    merci de ce moment de détente
    attention à la prochaine marche !!!
    bises à vous deux
    à bientôt

  16. LADY MARIANNE dit :

    je suis un peu pareil !! je tombe assez souvent mais à cause de mes
    pieds—polyarthrite- depuis 30 ans !!
    il ne faut pas penser à une malédiction lol , c’est un penchant je dirais — à tomber !!
    bonne soirée- amitiés

  17. Kri dit :

    😯 Mince! Je crois que j’ai hérité de ta mère aussi!
    😉
    Bonne soirée Croc

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