Elles – 2

Bientôt, Joni passe par des périodes d’euphorie et d’abattement, dues à cet homme qui la fait rire souvent… et la fait pleurer plus souvent encore, chaque fois qu’il ne se rend pas à un rendez-vous qu’il a pourtant fixé lui-même, chaque fois qu’elle le voit faire le joli cœur au restaurant du village, en l’ignorant somptueusement…. Alors elle se lance à corps perdu dans la décoration d’intérieur. Elle refait sa maison de fond en comble, elle prouve qu’elle a un goût certain, des idées originales, et un immense savoir faire ; peu de temps s’écoule avant qu’elle ne soit sollicitée pour décorer les « homes » de tous ces anglais nouvellement arrivés au village, et qui ont acheté de vieilles et charmantes propriétés qui menaçaient ruine. Elle a sympathisé avec une de ses collègues, Elena, une femme de son âge, exactement, à trois mois près. Elles s’appellent « les jumelles », en plaisantant.

 Elena est en instance de divorce, et vit avec ses enfants, heureuse d’être entourée de ses amies, rares, avec qui elle s’est liée lorsqu’elle a quitté son mari, un homme dont on dirait aujourd’hui qu’il est un pervers narcissique. Il l’a maintenue pendant des années dans un isolement dont elle ne prenait pas conscience, jusqu’au jour où elle a ouvert les yeux et a déménagé.

Désormais maîtresse, pleinement, de ses actes et de sa vie, elle sort, elle lit, elle paresse dans son jardin, amusée lorsqu’on lui fait du charme, et heureuse de sa solitude. Joni ne se prive pas de lui rendre visite à n’importe quelle heure, sans s’annoncer ; elle peut débarquer en pyjama au milieu de la nuit parce qu’elle a une brusque envie de parler d’Ettore qui lui a pour la nième fois posé un lapin, sans explication, elle sait qu’elle est toujours la bienvenue dans cette maison où sa jumelle l’écoute longuement se raconter, partage ses fou-rires, compatit à ses crises de larmes, et  lui prodigue des conseils dont elles savent toutes deux qu’ils ne seront pas suivis. Elena se raconte aussi quelquefois, très brièvement,  et conclut souvent leurs conversations par la phrase qui tue, définitive : « un homme dans ma vie ? plus jamais ! un amant, oui, occasionnel, pour l’hygiène, mais je veux rester libre. Je ne veux plus repasser par le train-train quotidien, je suis persuadée que les chaussettes sales et les vêtements abandonnés en tas au pied du lit tuent l’amour plus sûrement  que n’importe quoi d’autre.  »

Joni l’envie pour cette tranquille certitude, alors qu’elle-même est partagée entre son mari falot et son amant inconstant, qui lui fait l’amour en égoïste, quand il veut et comme il veut…. Mais, malgré les conseils d’Elena, elle ne veut pas le quitter, elle préfère rester aveugle, ne pas voir que cet homme l’utilise… elle veut croire que leur relation peut porter le nom d’amour… elle veut croire qu’il est la lumière qui la réchauffe,  elle veut croire qu’elle l’aime.

A suivre

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11 réponses à Elles – 2

  1. jazzy57 dit :

    Pas facile de se se sentir exister de cette façon , voyons la suite

  2. errances dit :

    enfin de retour sur les blogs…..(le mot enfin pour le temps comme tu l’as vu aurais pu ne pas exister je trouve) bref je passe par le 2 avant le 3 car je m’y perdrais dans cette histoire….C’est vraiment d’ailleurs une histoire vraie comme celle que l’on se raconte entre amie comme la vie quoi………..Bisessssssssssss allez je file voir la suite

  3. florence dit :

    Florence – Testé pour vous
    Bonjour…me voilà pour la suite…c’est marrant, ça me rappelle des souvenirs tout ça…mais pas exactement la même situation…je continue ma lecture

  4. flipperine dit :

    j’attends la suite

  5. marinelou dit :

    Je ne te trouve pas gaie en ce moment Cath…

  6. Kri dit :

    Comme tu racontes bien … tu trouves les mots justes
    Bonne semaine Croc … Je passe en mode Pointillés

  7. jean-marie dit :

    bonsoir Cath,
    c’est si joli
    et tu racontes si bien !
    toujours vivement la suite
    gros bisous

  8. caramel dit :

    C’est bizarre ,j’ai l’impression de connaitre cette histoire 😕 .
    Bisous Cath

  9. myo dit :

    Ouah j’etais toute ouïe enfin non toute attentive. Bon….à la suite alors. Bises

  10. Martine. dit :

    J’ai aimé te lire. Tout dépend ce que l’on appelle amour, l’amour charnel passionnel est souvent un leurre.

  11. Quichottine dit :

    Le pouvoir du vouloir…
    C’est difficile d’admettre que l’on est jouée… difficile d’abandonner son rêve d’amour fou.

    … mais ton récit me plaît infiniment.

    Passe une douce journée ma Dame Croc.
    Je t’embrasse.

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