Elles – 3

Et puis arrive Sarah. Sarah est anglaise, elle et son mari viennent d’acheter une maison dans un bourg proche et demandent à Joni de les aider à refaire peintures, papiers peints, lambris, planchers. …. Sarah est âgée d’une jeune quarantaine, elle est belle, souple et féline, élégante et capable d’une extrême vulgarité; de grands yeux de chat qui s’étirent vers les tempes, un sourire qui peut être carnassier autant que séducteur lui confèrent un charme tout particulier. Importante chef d’entreprise dans son pays, elle a décidé un beau jour de tout plaquer et de vivre, tout simplement ; Son mari, bien plus âgé, indulgent, l’a suivie et la surveille de loin. Toujours présent mais jamais pesant, il la couve d’un œil paternel, mais il l’adore. Les photos exposées dans l’entrée de leur maison le proclament: l’objectif  a trahi le photographe, il dévoile crûment tout l’amour qu’il porte à son modèle. Sarah le sait, et elle en joue, elle se fait les griffes, comme une chatte cruelle, sur le coeur de Sean.

Très vite, entre Joni et Sarah nait une grande complicité. Elles se sont reconnues au premier coup d’œil, elles ont tant de points communs, elles se comprennent à demi-mot, Joni commence une phrase que Sarah finit…  Elles sont de toutes les fêtes au village, de toutes les inaugurations, de toutes les manifestations festives, marchés, festivals…… Sarah boit, elle boit beaucoup, elle boit trop. Elle rejette violemment Sean, qui tente de la  modérer, et Joni lui emboite le pas, elle oublie  – ou essaie d’oublier – la négligence d’Ettore à son endroit, elles rient comme des folles, Sarah danse dans les bars, se déhanche sous les yeux ahuris des vieux du coin et sous ceux égrillards des ados qui la regardent en se poussant du coude. Joni la regarde en riant, mais elle sait que lorsqu’elles vont rentrer chez l‘une ou l’autre, raccompagnées par un Sean bienveillant et armé d’une immense patience, Sarah va s’effondrer en larmes et raconter encore, et encore, son fils drogué jusqu’à la moelle et son impuissance à elle à empêcher cette lente destruction, elle va raconter aussi et encore la mort lente de sa sœur, plus jeune qu’elle mais dont le cœur et les poumons sont déjà usés, et elle va encore s’écrier, « et moi je vis, tu comprends, je vis, et je vis mal, pourquoi elle et pas moi ? Pourquoi ? »…. Joni, les larmes aux yeux lui tiendra la main, attendant que Sarah arrive au bout de ses larmes, remerciant d’un sourire Sean qui apporte Thé, tasses, miel et sert « ses femmes » en silence.….

Joni sait, parce que Sean le lui a confié, que Sarah est coutumière de ces sautes d’humeur, de ces accès de dépression. Il supporte, il accepte les injures et le ton acerbe qu’elle prend pour s’adresser à lui dans ces accès. Elle est profondément malheureuse, il l’accepte, elle est maniaco dépressive et ne veut pas se soigner, il le sait aussi, mais pour l’amour d’elle, il subit et surtout, il est là, toujours présent, prêt à repartir en Angleterre  en coup de vent quand Sarah recevra pour la, millionième fois un appel au secours de son fils, à bout de ressources, à bout de forces, quand il faudra encore le faire hospitaliser…. Ou quand la jeune sœur ira plus mal encore, à un point tel que son entourage en arrive à souhaiter qu’enfin elle meure, pour ne plus la voir souffrir, dépérir….

 

A suivre

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14 réponses à Elles – 3

  1. marinelou dit :

    C’est bien décrit Croc, tu en parles bien, elle a de la chance Sarah d’avoir un mari si aimant, attentionné, patient, elle en abuse mais ses chagrins et son angoisse sont profonds…
    Bonne soirée Cathy

  2. jazzy57 dit :

    Un portrait particulièrement bien étudié de cette jeune anglaise , la dépression y est montrée avec beaucoup de réalisme , ses phases d’agressivité d’exagération et ses plongeons dans le plus grande souffrance particulièrement bien vus.

  3. Kri dit :

    Ta plume est très belle croc … j’aime
    Bon vendredi

  4. Bravo pour ce texte qui ne peut que toucher le lecteur.

  5. errances dit :

    C’est vraiment criant de vérité ton histoire on être tenus en haleine jusqu’au bout c’est sur…………..Bisesssssssss

  6. florence dit :

    Florence – Testé pour vous
    Bonsoir…ben alors, et la suite ? J’attends moi…et oui oui, je suis comme toi…gynéco, masseur, docteur, truc et machins, non non, ça n’est pas pour moi…j’aime mon espace personnel, on n’y entre pas comme ça voyons !
    Comment vas tu ? Pas trop chaud lorsque tu travailles ? Moi, ça va..je ne travaille pas donc c’est impeccable..Je profite de ma retraite à fond…Je te souhaite une très bonne soirée, à très bientôt

  7. Aliselle dit :

    Petite question: est-ce que tu publies tes textes???? Tu ferais des heureux c’est sûr!…
    Bonne soirée
    Bises

    • voay dit :

      J’ai préparé 2 recueils, un dédié à Mada, l’autre compilant divers textes, qui paraitront sur The book edition, lorsque je les aurai relus. Bises

  8. fanfan dit :

    J’ai lu les textes précédents pour entrer dans l’histoire; j’aime beaucoup ces portraits, de femmes différentes , et pourtant si proches. Bises

  9. jean-marie dit :

    quel talent ma Cath !!!
    c’est splendide
    c’est émouvant !
    et merveilleusement écrit
    vivement la suite !
    bonne soirée
    gros bisous

  10. Quichottine dit :

    Quelque part, Sarah a de la chance, elle n’est pas seule, son mari l’aime plus que tout.

    Comme Florence, je reste sans mots.

    Ce sont des personnages incroyablement vrais.

    Merci pour ce récit, Dame Croc.
    Je t’embrasse fort.

  11. florence dit :

    Florence – Testé pour vous
    ton récit aborde beaucoup de sujets, de cas si nombreux…tu touches un peu à tout, sans juger, sans reprocher…c’est un récit que j’aime beaucoup parce qu’il gratte sous la couche primaire…on voit les personnages de dehors mais aussi de dedans (ce qui est de loin le plus intéressant)…je me demande comment ça va finir…en fait, tu fais le récit de vies..avec les moments bons, les pseudo bons moments puis toutes ces galères, ces moments où en fait rien ne va (même si on fait croire que tout va bien)…à très bientôt et bravo, j’aime beaucoup (mon commentaire est assez brouillon, je n’arrive pas à dire ce que je ressens…mes mots se mélangent)…

  12. flipperine dit :

    l’alcool cause beaucoup de torts à une personne

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