Elles – 5

L’amant un temps délaissé au profit des sorties avec Sarah, a très mal accepté de voir Joni vivre sans lui, heureuse apparemment ; il se venge maintenant en se faisant désirer, ne répondant pas au téléphone, croisant Joni sans daigner lui accorder en regard. Elle échoue souvent en larmes chez Elena, ne comprenant plus ce qui se passe autour d’elle, ne comprenant plus se ce qui lui arrive : « je suis perdue. Que mon mari ait une liaison, je l’admets, je ne suis pas fidèle, et notre mariage est bel et bien mort. S’il n’y avait pas ma fille, nous aurions déjà divorcé. Mon amoureux… ah lui, je savais que je ne pourrais pas lui faire confiance, mais il me fait mal, tu sais, de me traiter de cette façon. Mais je ne comprends pas… je ne comprends pas… je me sens si vide. Ma vie n’a pas changé beaucoup, mais je me sens vide, je te le répète… j’ai l’impression de n’avoir pas d’avenir, je ne sais plus ce que je fais ici…. »

Elena écoute et se tait. Elle sait, elle. Elle a compris que ce qui manque à son amie est la présence de Sarah. Joni s’appuyait sur elle, pour s’étourdir et oublier ses amours malheureuses, elle la savait fragile, cette grande femme à l’allure si fière. Mais elle n’en parle pas. Si Joni n’en a pas conscience, tant mieux. On ne sait pas si Sarah reviendra au village…

En attendant, elle est là, elle accueille Joni quand celle-ci vient s’épancher chez elle, elle lui rend visite dans sa nouvelle maison si celle-ci l’appelle… Oui, sa nouvelle maison. Le mari est parti vivre avec sa nouvelle conquête, Joni a mis sa maison en vente et en a acheté une autre, plus récente, plus fonctionnelle, plus excentrée aussi, ainsi elle ne voit pas passer la voiture de l’amant inconstant devant ses fenêtres…. Alors elle se refait doucement une vie, elle se crée une nouvelle existence, elle sort un peu, reste chez elle beaucoup, accompagne se fille de ‘parties’ en matches de basket ;  elle se donne à fond dans son travail et rapidement on entend à nouveau ses grands éclats de rire, ses exclamations…..  Ses « Fuck » recommencent à scander la vie du cabinet, elle revit…

Son amoureux est revenu, attentionné, plein de projets. Il va divorcer, il va vendre son vignoble,  ils vont acheter un château en Espagne – au sens propre – et vont créer une activité de B&B hors du commun. Joni y croit, elle écume l‘internet pour trouver LA propriété, n’écoute ni Elena, ni Lou ni ses autres collègues qui lui conseillent la prudence. Le seul point noir, leur dira-t-elle, est leur sexualité. « Sex with him is difficult » lâchera-t-elle un jour, dans un grand soupir. Il est égoïste, n’écoute pas Joni, ni son corps. Si elle a le malheur de vouloir prendre une initiative ou suggérer un geste qu’elle aimerait , il se retranche dans une dignité offensée « et alors,tu veux dire que je suis incapable de te satisfaire ? pourtant, j’en connais qui en redemandent » Alors Joni se sent frustrée, émotionnellement et sexuellement. Un jour, dans un grand élan de solidarité, ses collègues féminines lui suggèrent d’écrire une lettre à cet homme machiste et de lui exposer franchement ses désirs, ses goûts, puisqu’elle ne peut pas les dire à haute voix.

 –Mais, objecte-t-elle, je suis incapable d’écrire tout ça en français

– Pas de problème, écris en anglais et Elena traduira, tranche Lou

Elena fit ce jour là, d’énormes progrès en vocabulaire sexuel. Son anglais s’étant jusqu’ici très peu appliqué à cet aspect de la vie, elle demanda l’aide de ses collègues, mais elles ont eu rarement l’occasion de s’exprimer en français sur cet aspect de la vie. Elles expliquèrent tant bien que mal, allant parfois jusqu’à mimer.  Elle connut  ce jour-là des fou-rires comme on en a rarement dans une vie. De même que les filles du cabinet, au grand dam de leur patron qui aurait bien voulu connaître les raisons de ces grands éclats de rire, que les filles refusèrent farouchement de divulguer. Tout comme Joni refusa par la suite de leur raconter le résultat de sa longue missive…. Même à Elena, dont elle est pourtant maintenant proche, elle refusera de dire quoi que ce soit.

A suivre

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12 réponses à Elles – 5

  1. fanfan dit :

    Un vrai macho cet amant , elle devrait y réfléchir à deux fois avant de partir avec lui !
    Heureusement que les femmes sont solidaires !

  2. marinelou dit :

    Non je l’ai bien dit dans l’article Cucugnan n’est pas en Provence mais dans l’Aude, Croc… Ah … tu n’es pas la seule à n’avoir pas lu… en général c’est pour cela que je ne fais pas de longs discours !
    Zibous de Zoupie

  3. Kri dit :

    C’est frustrant de lire « A suivre » 😉
    Très beau récit
    Bon après-midi

  4. jean-marie dit :

    bonjour, ma Cath
    j’ai pros du retard dans ma lecture !
    mais je suis là
    toujours aussi passionné !
    à bientôt donc
    bonne journée
    gros bisous

  5. Quichottine dit :

    Oups…
    Tu l’écriras dans ton prochain livre ?

  6. flipperine13 dit :

    une bonne semaine avec le soleil

  7. jazzy57 dit :

    Hum le silence n’augure rien de bon . Cette entente féminine c’est vraiment génial , pourquoi Joni ne continue – t – elle pas de partager son vécu avec ses amies ?
    Tu nous tiens en haleine là , bravo
    Bonne soirée
    Bisous

  8. errances dit :

    Ben alors quoi, tu nous laisse sur notre faim, comme ce mec qui se croit LE super coup????? fuck (puisque elle le dit je peu aussi?) it is not fair…..Please…..Bisous ha vivement la suite

  9. marinelou dit :

    Ca se corse, superbe ton récit ! Sacrée Cathy !
    Bisous du jour
    Zoupie

  10. florence dit :

    Florence – Testé pour vous
    Bonjour..oh non, tu ébauches le sujet et hop, tu nous claques la porte au nez…mais arrête de t’arrêter voyons, continue, tu étais bien partie…grrrrrrr !
    Pour ta mauvaise humeur (c’est toi qui le dis), il n’y a pas de souci…je comprends très bien qu’on ne soit pas toujours d’humeur agréable, que des fois, on a envie de gueuler, claquer, piétiner…alors on s’exprime avec plus de virulence…et ne t’inquiète pas, ça ne m’a pas choqué, pas peiné, pas agacé, ni énervé…je trouve ça totalement normal…j’espère que ça va mieux…je l’espère sincèrement. Pour les chasseurs, j’ai acheté un fusil et boum, chaque matin je vais en dégommer un pour mon petit déj..hi hi hi, même pas vrai..puis avec un fusil, je serais capable de me tirer dans le pied…je déteste les armes.
    Allez, je file…passe une bonne journée…et on aura la lettre en anglais (traduite en français)…allez, allez, tu pourrais la mettre en pièce jointe par exemple..allez, elle aimerait quoi Joni ? Et tu sais, l’amant, c’est un con, vraiment…je sens qu’il va la faire galérer…

  11. Myo dit :

    Aille, le silence.
    Tu nous laisses sur notre faim. Bien joué 🙂
    La solidarité féminine extra, ça a dû effectivement être très drôle. Elles ont de l’imagination..
    Bon. J’attends la suite….
    Belle journée !

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