Elles – 8

Quelques heures plus tard, passant devant le pub du village, elle voit Joni, seule, au coin du bar, sirotant un verre de vin. Elle ne réfléchit pas, entre en lançant comme à l’accoutumée un grand « salut tout le monde », elle entreprend la tournée de ses amis et connaissances, distribuant bises, tapes sur les épaules et poignées de mains, pour finir par venir s’échouer sur le tabouret voisin de celui de Joni, dont elle a délogé l’occupant sans cérémonie. Elle entame la conversation, sautant du coq à l’âne, comme elle a l’habitude de le faire, mais elle n’évoquera pas la conversation qu’elle a eue avec sa sœur, se contentant de parler tout à fait innocemment de tout et de rien, jusqu’à ce que Joni pose brutalement son verre et lui demande tout aussi brutalement, à grand renfort de gros mots  :

–          bon, ça suffit ! C’est ta sœur qui t’a demandé de me parler ? Elle en a marre de faire la gueule et t’envoie tâter le terrain ?

–          Non, elle ne m’a rien demandé, mais puisque tu en parles…. Comment ça, elle fait la gueule ? tu ne lui réponds pas au téléphone, tu ne viens pas la voir, tu ne l’appelles pas, elle ne comprend pas…

–          Mais ça va, les frangines, là. Ta sœur, depuis la soirée passée dans cette fichue auberge, ne m’a pas dit un mot, pas un seul !. Elle s’est réveillée, n’a pas dit un mot, n’a pas bougé, m’a laissée prendre ma douche, faire mon sac, sans m’adresser la parole ; Tout le long du trajet, elle s’est contentée de vaguement me parler de la pluie et du beau temps, comme si j’étais une parfaite inconnue. Je veux bien qu’elle ait été choquée de se réveiller dans mes bras, mais enfin je ne l’ai pas violée. Quand nous nous sommes mises sous les couvertures parce que nous nous sommes réveillées complètement gelées, c’est tout naturellement que nous nous sommes glissées sous les draps, enlacées pour nous réchauffer, ses pieds contre les miens, ses jambes sur les miennes, sa tête sur mon épaule…… Et elle s’est rendormie… moi, je ne voulais plus dormir,  je n’osais plus bouger, je ne voulais pas la réveiller… j’étais si bien, comme si nous avions toujours dormi ainsi, comme si nous ne faisions qu’un…. Et puis ce réveil, glacial…. Je ne comprends pas pourquoi elle m’en veut ; mais je ne prendrai pas le risque d’une rebuffade, je ne supporterai pas qu’elle me rejette ! »

Emma part de ce grand rire qui fait se retourner les têtes, et explique « elle m’a dit exactement la même chose, dans les mêmes termes. Vous êtes faites pour vous entendre, ne restez pas sur ce malentendu. Va la voir, elle t’attend. Même si elle ne le sait pas, elle t’attend, je te garantis qu’elle sera plus qu’heureuse de ta visite. Et n’ayez pas peur ce de qui vous arrive à l’une et à l’autre…. Vous avez de la chance, soyez en conscientes. »

Joni ne répond pas, elle fixe un point invisible de l’autre côté du bar, elle regarde Emma, détourne le regard, prend une grande inspiration, fourrage dans ses cheveux, allume une nième cigarette et lâche enfin :

–          tu es sûre de ce que tu me dis, là ? Je te préviens, je en veux pas perdre l’amitié de ta sœur, elle m’est précieuse, mais je ne veux pas non plus la supplier, et je ne veux surtout pas qu’elle puisse penser que je suis coutumière de prendre des filles dans mes bras, de dormir ainsi. C’est la première fois que ça m’arrive, tu comprends, Alors si elle me rejette, si elle pense que j’ai essayé de la séduire  ou pire encore, si elle me prend en pitié, ton intervention n’aura servi qu’à me faire plus de mal encore……. Non, je ne veux pas la perdre. Pas maintenant…. Plus maintenant !

–          Va, va, va et surtout ne dis pas que tu m’as vue ou que nous avons parlé ensemble » .

 

A suivre

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6 réponses à Elles – 8

  1. florence dit :

    Florence – Testé pour vous
    Bonjour…alors une seule réponse à ton état d’esprit pas top au rose : viens chez moi…je ne connais pas la crise, j’ai beaucoup d’humour (même que la crise elle en prend plein la tête), rien de mauvais sur les vieux, bien au contraire…il fait beau tous les jours, je mets encore mes tongs (j’ai tenté les chaussettes et les baskets hier…oh la la, je te raconte pas comment j’ai bazardé tout ça en rentrant chez moi…puis hop, il a fait 22° avec mes petons ils se sont éclatés dehors, au soleil)…euh…c’est quoi les fafs ? POur moi, les fafs, c’est ça…euh, j’ai pas trouvé d’images sur google…en fait, pour moi, c’est un pénis entouré de couilles volantes…je te raconte pas ce que j’ai vu en lançant ma recherche sur google…j’ai écrit pénis volant…tu parles, j’en ai pris plein les yeux…euh..au figuré hein ? ha ha ha, je rigole toute seule…bon, allez, je retrouve mon sérieux !
    Donc, viens sur Toulouse, on va se marrer…si, si, on cherchera des pafs volants…allez, sur cette promesse quelque peu..euh…bizarre, je me sauve…à très bientôt et je continuerai de chercher un paf volant…si si

  2. jazzy57 dit :

    Ah voilà que le malentendu se dissipe , c’est bien . Il n’ y a plus qu’à espérer qu’elles puissent vivre en parfaite harmonie avec leur amour .
    Mais je ne sais pas si c’est que tu as prévu dans ta suite …
    Bonne soirée
    Bisous

  3. Quichottine dit :

    Au moins, voilà qui est clair…
    Tout devrait donc s’arranger. 🙂

    J’attends la suite. Tu écris très bien, Dame Croc, mais, ça, je le savais… 🙂

    Je t’embrasse fort. Passe une douce journée.

  4. marinelou dit :

    Un bon conseil qui j’espère ne compliquera pas leurs relations une fois la mise au point faite, qui sait ce que cela pourrait déclencher ?
    Zoubis de Zoupie

  5. florence dit :

    Florence – Testé pour vous
    Bonjour…j’aime bien les histoires d’amour, surtout si elles finissent bien…finalement, elles ont peut-être passé toutes ces années à se chercher, hésitent à se retrouver mais bientôt…j’espère que oui, que ça finira bien…on verra hein car c’est toi qui décide.
    Comment vas tu ? Pas si bien que ça on dirait ! Pas trop le moral…la France te gave ? mais qu’est-ce qui te gave ? le climat ? les paysages ? l’état d’esprit ? Ca fait un tout ? Alors là, y’a du boulot alors pour te redonner le moral…j’espère que ça va aller un peu mieux, que le moral va reviendre, petit à petit…je ne sais pas trop comment ni pourquoi ni où ni quand..mais j’espère (euh..je ne peux rien faire de plus)…ah, si, te faire sourire…alors attends…euh…zut, même ça je n’y arrive pas…attends, attends…je me suis lancée dans le crochet…si, si, tu sais, le crochet avec un crochet et de la laine…et euh..j’suis nulle…je n’arrive à rien sauf à faire des ronds avec des trous…mais je ne veux pas de ronds, je veux des rangs…et je n’y arrive pas…bon, voilà, c’est sur et certain, j’suis nulle pour le crochet et pour remonter le moral !
    Allez, je file…à très bientôt et euh…bon moral hein

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