Mora-mora

Pour Ghislaine (clic) qui nous demande de jouer avec les mots Instants, impensable, réalité, destin, fugues, oiseaux, fermer, quitter. Et de nous parler de repos et de tranquillité

Il paraîssait impensable au moment on l’on a décidé de tout quitter, pour aller vivre à Yeur, d’en revenir un jour. Mais il a pourtant fallu, parce que, la vie, les enfants, et leurs enfants sont si loin, parce qu’il faut régler toute cette paperasse nécessaire quand on vieillit, mais se dire qu’on repartira, parce qu’on y a laissé un morceau de son coeur….

Aujourd’hui, il me suffit de fermer les yeux pour m’offrir une fugue et revenir dans cette île magique, pleine de couleurs qui claquent, d’oiseaux inconnus dans notre hémisphère, de fleurs exubérantes, de paysages extravagants , et pendant quelques instants, toujours trop brefs, je fuis la réalité de ce monde trop terne, top violent, trop gris.

Madagascar, vois-tu, est une île qui invite au repos, où la vie s’écoule doucement, lentement. Le premier mot malgache que tu apprends, là-bas, est mora-mora (doucement), Il est universel, dans cette île qui comprend 18 ethnies différentes et autant de dialectes,

Bien sûr, la vie n’est pas toute rose, y règnent la corruption, la sorcellerie, les bandits, la pauvreté, mais si tu sais éviter les villes, si tu sais apprécier la vie en brousse, tu découvres des oasis de calme, de tranquillité, et ma foi, tu fais l’impasse sur le manque d’électricité, d’eau courante, tu te laisses porter par la douce nonchalance qui rythme le quotidien, tu savoures les rires et les chants dans l’allée poussiéreuse qui passe devant ta case, les pêcheurs qui viennent te porter une grosse carangue, les chinois qui te chambrent gentiment, les enfants qui jouent avec trois fois rien, et les gens, ah les gens ……..

Tu apprends la patience, tu deviens philosophe, et comme les indiens que tu côtoies, tu penses Inch’Allah et tu deviens fataliste, tu te dis que ce qui doit arriver arrivera, et tu t’en remets au destin. Alors, même si tu travailles, que tu as la responsabilité d’un hôtel, de 14 employés, tu te sens toujours en vacances, tu as fait un bond de plus d’un siècle dans le passé, et tu vis mora-mora ….

Et tu repenses à l’invitation au voyage de Baudelaire

« Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !

… /…

Les soleils couchants,

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est la-pirogue.jpg.

Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,


D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.
 
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté. « 

L’attente

Pour l’image citation N°42 de Jazzy (clic)

“Attendre c’est presque toujours espérer” Marcel Achard

Chez nous, à Madagascar, l’essentiel des transports se fait en taxi brousse, véhicule collectif qui transporte indifféremment vélos, motos, voyageurs, monceaux de colis et de marchandises.

Pas d’horaires fixes, le taxi brousse passera….ou pas, selon qu’il a été arrêté au poste de contrôle par un gendarme pointilleux, ou qu’il sera tombé en panne sur la piste et sera dépanné, peut-être, un jour. Alors on l’attend, et on espère sa venue…..

Bonheur, bizarre, bazar

alphabetPetite participation brève, entre deux cartons, pour cause de déménagement.

Les 3 mots en titre, imposés par Domi (clic) pour le défi de la semaine, me ramènent sur le marché d’Ambanja, appelé Bazar Be, , où je me perdais avec Bonheur, au milieu des fruits et légumes, certains connus, d’autres inconnus et dont l’aspect, aussi bien que le nom, prononcé à la malgache nous ont semblé au premier abord si bizarres :

– le fridzac, qui m’a laissé un souvenir impérissable (clic),

  • le « friapin », traduire fruit à pain,  fruit de l’arbre à pain, sucgrand-frais-fruit-a-painculent, cuisiné comme les pommes de terre, (image Wiki)

 

 

pomme_cannelle– la « pokanel », pomme cannelle, tendre, sucrée, parfumée

 

 

3177949179_1_2_QDWMhpTDle « zamboz », la jambose rouge, appelée aussi pomme d’eau, de la grosseur d’une pomme, à la chair pleine d’eau, pratiquement sans goût, mais qui, consommée fraîche, désaltère merveilleusement. L’arbre a une magnifique floraison rose vif, recouvrant les routes d’un tapis presque fluorescent.

Et puis on s’habitue, et on guette la saison de ces fruits pour les consommer avec délices.

J : ni Jambon, ni Jus, ni Jujube

Les aliments en J ne foisonnent pas, à part les 3 qui font mon titre, alors

Pour les recettes de cuisine de Melle Domi (clic)

je ne vous livrerai pas de recette, mais je vous invite à partager un des plus beaux moments de notre ancienne vie trépidante d’expatriés :

Sur le marché, tu découvres, tu questionnes, tu demandes tes recettes, on te propose des fruits inconnus, en te précisant  » fridzac, bon, ça, très sucré ».
Tu regardes le fruit en question : la taille  d’un ballon de rugby, totalement informe, couvert de pustules, vert brunâtre. La marchande insiste « très sucré ».jacues
Tu as l’esprit aventureux, tu achètes, un, pour goûter. Tu finis ton marché, tu rentres chez toi (vroum vroum la 4L sur la route défoncée, complètement inondée après la dernière tempête, – tu as d’ailleurs pataugé dans l’eau jusqu’aux chevilles pour entrer dans la halle, cernée par la flotte – les nappes phréatiques ont débordé, la voiture a de l’eau presque jusqu’au sommet des roues, ton chauffeur ne se démonte pas, il slalome avec maestria entre les flaques, les paquets de gadoue, les zébus, les poules et leurs poussins)
Tu déballes tes achats, tu ne tiens plus d’impatience, tu sors ton fruit monstrueux, empoignes ton grand couteau, l’enfonces dans le fruit et……………… tu tires comme une malade pour le ressortir, (tu en pètes le manche, au passage) englué de filaments blancs, compromis entre le chewing-gum, le fromage dans les pâtes quand il file, et la colle extra forte.
Tu rejettes le tout avec une grande exclamation – beurk!!!
L’Homme arrive, tu expliques, montres d’un geste large ton couteau englué, les filaments qui coulent – et collent – sur le plan de travail, et tu conclus « on a acheté un oeuf d’Alien!!! »
Bien sûr, Mr Croc, connaissant ta tendance à l’exagération, et d’esprit encore plus aventureux que toi, n’en croit pas un mot prend une cuillère, examine la bête (l’intérieur ressemble à une grosse courgette)jack frut

« voyons, ça se mange comment? », plante sa cuillère dedans, extrait un petit bout de colle, le goûte (nous avons par cette occasion pu vérifier que ses dents sont saines et tiennent solidement dans ses gencives), et, sans un mot pose la cuillère dans l’évier, le fruit à côté.
Nous envoyons Petit Garçon remettre l’objet au gardien, qui s’est pourléché les babines à sa vue, et gardons en mémoire l’utilité future de ce fruit : couper en deux avec une tronçonneuse, frotter sur les murs et immédiatement après, appliquer le papier peint.
Il m’aura fallu ½ flacon de produit vaisselle, 1 savon entier et deux éponges pour que la cuillère et les restes du couteau reprennent leur aspect primitif!

Nous apprendrons bien plus tard que le « Fridzac » (prononciation locale de fruit de Jacques, le J  se prononçant, selon les cas,  Tss ou Z) est en réalité le Jacques, fruit du Jacquier (clic), que celui que j’ai acheté était encore vert et devait donc être cuit pour être comestible, que mûr il prend une coloration tirant vers le jaune, et qu’il est effectivement très sucré m’a confirmé l’homme, aventureux, ayant renouvelé l’expérience de goûter, mais un morceau choisi par notre cuisinier. Moi, rancunière et bornée, j’ai toujours refusé d’approcher à nouveau ce monstre…..

Les malgaches le mangent en fruit, les Réunionnais le cuisinent, en boucané ou en carry, recette ICI (clic)

Mofo sy Ronono

Pour les Scènes de rue du mercredi, chez Rosa.

Au marché, on trouve de tout, il suffit de déambuler d’étal en étal, et profusion d’articles s’offrent au regard.

La colonisation française a laissé des traces, et le pain (Mofo) reste encore la baguette. A consommer le jour même, par contre, dès le lendemain, la baguette réussit le tour de force d’être à la fois molle et sèche ! Voisinant avec le mofo, on trouve toujours quelques bouteilles de lait (Ronono) de chèvre ou de zébu, tout frais trait du jour, crémeux, onctueux, ni stérilisé, ni UHT et ô combien savoureux.

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Après la pluie

Pour les Scènes de rue du mercredi, chez Rosa.

Toliara (Tuléar), dans le Sud Ouest de Madagascar, la ville blanche, la ville soleil.

Dans cette région de poussière, il pleut en moyenne 10 jours par an, sur 3 mois, de brèves et violentes averses tropicales. Les rues, si elles sont balayées tous les jours, ne sont cependant pas entretenues, les chaussées sont pleines de trous, les égouts datent de la colonisation française. A la moindre averse, les trous se remplissent d’eau, les égouts débordent, d’énormes flaques se forment partout, rendant la circulation, piétonnière et automobile, délicate.

Mais Toliara est aussi une des rares villes où perdurent les pousse-pousse, permettant aux malgaches de circuler au sec, laissant à l’infortuné tireur de pousse le soin de patauger dans les flaques plus ou moins ragoutantes ….

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A la bonne épice

Depuis des lustres, je ne conçois plus de cuisiner sans épices.

Mais dans ma campagne, dès que j’ai besoin de renouveler mon bocal de piment doux, de gingembre moulu, de curcuma ça tourne à la course au trésor.

Et il me revient en mémoire « A La Bonne Epice ». C’était mon magasin préféré, à Tuléar.
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hebergement d'imageL’indienne qui tient cette boutique, voix grave et rocailleuse, maquillée comme une reine égyptienne, aux mains recouvertes de rosaces au henné, t’accueille en venant te faire 3 bises  » Bonjour ma belle, comment allez-vous, et de quoi avez vous besoin? »
Tu énumères le contenu de ta liste, et d’un geste large, elle te montre les tréfonds de sa boutique :
« servez-vous, ma chérie »
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Et là, tu plonges avec délices dans les corbeilles en plastique, étiquetées « lorier » « lorigan »  » feuilles de lestragon », massalé, anis, paprika doux et fort, carry, curry, curcuma, safran, anis étoilé, cardamome, citronnelle, vanille, graines de sésame, poivres ……. il y a de tout, et tu te noies dans les odeurs et les couleurs.
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Tu finis par faire ton choix, et à la caisse, tu vois des sambos tout juste faits « prenez-en un, ma chérie, cadeau »
Tu payes tes épices (je ne vous convertirai même pas les prix en euros, vous ne me croiriez pas), tu sors, et tu mords avec délices dans ton beignet, parfumé, pimenté, et tu reconnais l’oignon vert, le z………….. et puis non, je ne vous dis pas tout sur le sambos, il vous faudra attendre le prochain billet

La vie, sur cette île, a une saveur à nulle autre pareille.

Scènes de Rue 25

Pour les Scènes de rue du mercredi, chez Rosa.

A Madagascar, on voit très très peu de décorations de Noël dans les rues ou dans les magasins, que l’on soit en province ou dans la capitale.

Foin de ces décorations tapageuses qui laissent à penser que Noël est devenu prétexte à un concours de lumières. J’avais lu, il y a quelque temps une phrase qui m’avait réjouie :  » on change d’heure fin octobre pour faire des économies d’énergie, et un mois après nos villes font des illuminations qu’on peut voir depuis l’espace …. »

Bien, ce n’est pas le propos du jour.

Peu de décorations pour Noël, donc. Mais les européens vivant à Madagascar sont très attachés à leurs traditions, les commerçants et les vendeurs de rue l’ont vite compris. Et c’est ainsi, qu’à Antananarivo, début décembre, début aussi de la saison des pluies,  on peut voir déambuler dans les rues des sapins de Noël, bien artificiels, bien verts ou tout blancs, totalement décalés, sous cette lumière aveuglante et par cette chaleur moite, 35°, et  cette atmosphère humide qui devient de plus en plus étouffante au fur et à mesure que la journée s’avance  …
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