Respect

En fouinant dans mes archives, à la recherche d’une photo pour les scènes de rue de Rosa, qui nous demande de publier, si possible, une photo évocatrice de Noël, j’ai trouvé une image, prise à Antananarivo en décembre 2012. J’en dirai plus au sujet de cette photo mercredi, mais….

Il m’est revenu en mémoire, en ces jours tragiques d’intolérance et de fanatisme prenant la religion pour prétexte, il m’est revenu en mémoire, donc, la parfaite entente entre les différentes sectes et religions, qui règne sur cette grande île.

Chrétienté et islam se côtoient en totale harmonie et, hors la période du Ramadan, il est difficile de savoir qui, à part les indiens qui affichent la barbe et un portrait de leur « pape » dans leur boutique, qui, donc, se réclame de telle ou telle foi.

hebergement d'image

La société malgache, dans le coin où j’ai vécu, est essentiellement matriarcale, et les femmes, musulmanes ou pas,  tiennent leurs petits commerces de légumes ou d’épicerie d’une main de fer. Un jour, où nous patientions devant l’étal de légumes, sous la halle du bazary Be (le grand marché), est arrivé un barbu, disparaissant dans son ample djellaba, le crâne coiffé d’un torchon blanc, de toute évidence intégriste et tenant les femmes en parfait mépris, son harem, bâché de noir des pieds à la tête attendant dehors, en plein soleil. L’accès de la halle où toute l’extrémité nord est occupée par la boucherie, non halal et où les bouchers sont des hommes, leur était de toute évidence interdit par leur seigneur et maître. Celui-ci arrêtait son choix sur tel ou tel légume, le désignait, s’adressant à la marchande sur un ton très sec, et toujours sans la regarder. Celle-ci, imperturbable et souveraine, regardait au loin, ou discutait avec la marchande de l’étal voisin, ignorant superbement son client potentiel. Ce dernier parlait de plus en plus fort, de plus en plus sec, jusqu’au moment ou la marchande, toujours sans le regarder, mais tournée dans sa direction, glapit quelques mots, provoquant le départ furieux du barbu, et les grands rires de toutes les femmes de la halle.

Traduction demandée, tout sourire, elle nous expliqua lui avoir répliqué que « ici, on respecte les femmes, et on les regarde quand on s’adresse à elles. Et donc, tant qu’il parlera aux légumes, je ne me sentirai pas concernée. S’il veut acheter quoi que ce soit, qu’il me le dise, à moi, ou qu’il envoie une de ses pauvres femmes. » Bruyamment approuvée par ses collègues.

Il m’est revenu en mémoire aussi, l’explication de l’employée de l’opticien…. L’opticien, musulman, ainsi que toute sa famille, quitte sa boutique pour chaque prière rituelle lors du ramadan, laissant sa rondelette employée accueillir les clients. Je m’étonne, en la voyant vêtue de la tenue des musulmanes, pantalon, grande tunique, foulard, tout ceci dans de magnifiques tissus soyeux, chatoyants, dignes d’une princesse indienne, alors que j’ai l’habitude de la voir moulée dans des robes bain de soleil, ou des débardeurs mettant en évidence toutes ses rondeurs:
« Tu ne vas pas prier à la mosquée ?
– Non, je suis chrétienne.
– Mais alors, pourquoi cette tenue ?
– Par respect pour mon mari, qui est musulman. Toute l’année, il respecte ma religion, me laisse aller à la messe, me laisse prier. Il est donc normal que, pour le ramadan, je fasse l’effort d’adopter la tenue des femmes musulmanes. « 

J’ai aimé le mot « respect », dans ce cadre religieux, mot qui devrait être enfoncé à coups de marteau dans le cadre de ces fadas d’intégristes et autres fous dangereux, qui, eux, ne méritent pas le respect…..

Scènes de rue – 23

Pour les Scènes de rue du jeudi, chez Olgayou

Sous le nom d’Hôtel des Mines, il fut un temps le plus bel hôtel de Diégo. On le doit à Alphonse Mortages, personnage haut en couleurs qui débarqua à Diégo en 1897.
Aventurier sympathique et généreux, il découvrit les mines d’or d’Andavakoera, devint fabuleusement riche, se ruina plusieurs fois et nous laissa ce splendide bâtiment.
Dans « L’Ile Rouge », le romancier Jean d’Esme évoquait, en 1928 en des termes qui font rêver, l’hôtel et son constructeur : « Gardant sans doute un souvenir tenace de sa première profession et revenant à ses vieilles amours, l’heureux mineur fit construire, en ce Diégo-Suarez aride et inhospitalier aux touristes, un hôtel, mais un hôtel confortable, vaste, coquet avec son patio intérieur, ses arcades nombreuses, ses chambres larges et aérées, sa longue salle à manger et son billard envahis de fraîcheur, et sa terrasse ouverte sur la grande féerie de la baie. Comme de juste, il l’appela l’Hôtel des Mines. Lire la suite

Scènes de rue – 22

Pour les Scènes de rue du  jeudi chez Olgayou.

Le zébu, animal roi de l’île. Il tire les charrettes, aide aux labours, est sacrifié lors des obsèques. Nous avons dans le Sud la meilleure viande de zébu de toute l’île : les zébus paissent dans l’herbe maigre, mais salée des quelques petites prairies de bord de mer de la région de Tuléar, et la viande a ce petit goût salé que l’on connait en France avec les agneaux de pré salé. Lire la suite

Scènes de rue – 17

Pour les Scènes de rue du  jeudi chez Olgayou.

Quand on part de chez nous, à Ambanja, pour aller à la capitale Antananarivo, cela implique environ 15 heures de taxi brousse, mini bus de 16 places. Départ vers 12H ou 12H30, arrivée entre 3 et 5h du matin, si la route n’est pas inondée, si on n’est pas tombé en panne, s’il n’y a pas eu d’accident, si les policiers aux contrôles ont été cool. Lire la suite

Scènes de rue – 15

Pour les Scènes de rue du  jeudi chez Olgayou.

Lorsque nous vivions à Madagascar, dans une région à forte majorité musulmane, un touriste français de passage dans notre hôtel nous avait raconté refuser catégoriquement de mettre les pieds dans un kebab ou fast food affichant la mention Hallal, préférant faire quelques kilomètres supplémentaires pour manger bien d’cheu nous. Lire la suite